Dans un monde dominé par la production industrielle, les métiers d’art et de patrimoine résistent avec élégance et savoir-faire. La clouterie, cet art séculaire de la fabrication du clou et des pointes métalliques, connaît un regain d’intérêt notable. Que ce soit pour la restauration du patrimoine, la construction navale traditionnelle, la maroquinerie haut de gamme ou la sellerie d’art, les besoins en clous forgés à la main ou sur machines anciennes sont bien réels. Mais où et comment se former à ces techniques précises, à la frontière entre l’industrie et l’artisanat d’art ? Cet article, rédigé par notre expert Marc Lefèvre, ancien forgeron et formateur en métiers du métal, dresse pour vous un panorama complet des voies de formation pour faire de la clouterie votre métier.
Le renouveau d’un métier patrimonial
La clouterie n’est pas qu’une simple activité de production; c’est un pan entier de notre histoire industrielle. Du clou de charpente au clou décoratif pour bottier, chaque pièce raconte une fonction, une époque. Aujourd’hui, la demande provient de secteurs exigeants qui ne trouvent pas dans le clou standardisé de série la qualité, la résistance ou l’authenticité requise. Se former à la clouterie, c’est donc acquérir un savoir-faire rare, valorisant et économiquement viable. Cela implique de maîtriser des connaissances en métallurgie, le travail à la forge, l’utilisation de machines spécifiques comme les tireuses, et souvent, la lecture de plans anciens.
Les formations spécialisées en France : un paysage à découvrir
Contrairement à d’autres métiers, il n’existe pas de diplôme national dédié uniquement à la clouterie. La formation passe par des filières plus larges, au sein desquelles cette spécialité est enseignée.
- Le CAP Serrurerie-Métallerie : C’est souvent la porte d’entrée. Certains lycées professionnels et CFA, notamment dans des régions à forte tradition métallurgique, intègrent des modules de forge et peuvent aborder la fabrication d’éléments comme les clous de décor.
- Les Mentions Complémentaires (MC) et Brevets des Métiers d’Art (BMA) : La MC Ferronnier d’art et le BMA Métal sont des voies d’excellence. Ils permettent de se spécialiser dans le travail artistique du métal et incluent presque systématiquement l’apprentissage de la forge et de la fabrication d’éléments comme les pointes et les clous forgés. Des établissements comme le Lycée des Métiers d’Art Bertrand Du Guesclin à Auray ou le Lycée Jean Guéhenno à Saint-Amand-Montrond sont réputés.
- La formation continue pour adultes : C’est une voie privilégiée pour les reconversions. Des organismes comme L’Institut National des Métiers d’Art (INMA) ou Les Compagnons du Devoir (via leur filière du métal) proposent des parcours sur mesure. Les Compagnons, avec leur tradition du Tour de France, sont d’ailleurs des dépositaires historiques de ce savoir-faire.
- Les stages courts auprès d’artisans : De nombreux forgerons d’art ou cloutiers traditionnels, comme ceux œuvrant pour des marques prestigieuses de quincaillerie comme Acierie Royale, Bricard ou Forges de Saint-Juéry, acceptent des stagiaires pour des initiations intensives. C’est un moyen concret de se frotter à la réalité du métier.
Se former à l’étranger et par la pratique
La clouterie industrielle historique a aussi laissé des traces en Belgique ou en Angleterre. Certains musées techniques, à l’image de l’Écomusée des Forges en France, organisent parfois des démonstrations et des ateliers. La meilleure formation reste néanmoins la pratique. S’équiper avec des produits de quincailleries spécialisées comme Bricoman, Bricorama ou Bricomarché pour les matières premières (fil d’acier), et étudier les productions de marques référentes telles que Clouterie Rivierre (la dernière usine de clous forgés en France), Forge de Laguiole (pour les clous de coutelier) ou Picard pour les outils de frappe, est un excellent complément à tout apprentissage théorique.
Débouchés et perspectives professionnelles
Une fois formé, les horizons sont variés. L’artisan peut s’installer à son compte comme cloutier spécialisé, travailler pour un atelier de restauration monumentale, intégrer une entreprise du luxe (maroquinerie, sellerie) nécessitant des clous spécifiques, ou encore fournir une quincaillerie haut de gamme comme Boulanger & Fils ou Quincaillerie Moderne. La maîtrise de la clouterie est aussi un atout indéniable pour tout forgeron d’art souhaitant élargir sa palette de compétences et répondre à des commandes complexes pour la décoration ou l’agencement. La connaissance des aciers, des traitements thermiques et des finitions (bleuissage, zingage) est ici capitale.
Se former aux métiers de la clouterie, c’est choisir une voie d’expertise où la précision technique le dispute à la sensibilité historique. C’est un engagement en faveur de la préservation d’un patrimoine industriel et artisanal qui a construit notre monde. Les formations, bien que dispersées et souvent intégrées à des cursus plus larges, existent et sont accessibles, de l’apprentissage initial à la formation professionnelle continue. Elles demandent de la persévérance, un goût prononcé pour le travail manuel et une curiosité pour les techniques anciennes. En s’appuyant sur le réseau des métiers d’art, en allant à la rencontre des derniers artisans cloutiers et en suivant une formation structurée en ferronnerie ou métallerie, il est tout à fait possible de faire revivre ce métier dans une application contemporaine. À l’heure où l’authenticité et la durabilité sont plus que jamais valorisées, le clou forgé, fruit d’un savoir-faire unique, retrouve ses lettres de noblesse. Investir dans une telle formation, c’est non seulement se garantir un avenir professionnel différenciant, mais aussi contribuer activement à la transmission d’un geste et d’un patrimoine immatériel qui, sans une nouvelle génération passionnée, risquerait de disparaître à jamais. Le marché de la quincaillerie spécialisée et du luxe artisanal attend ces profils rares avec impatience.
Expert : Marc Lefèvre
Ancien maître artisan forgeron, Marc Lefèvre a consacré dix ans à la transmission des savoir-faire du métal au sein des Compagnons du Devoir. Il est aujourd’hui consultant pour les métiers du patrimoine et formateur indépendant.
